Voici mon rendu de bilan pour le cours de Léonor Nuridsany, vous en saurez un peu plus mon
nom.
Souvent quand je pense à mon prénom, je trouve qu’il sonne bien.
DA-MIEN… DAA-MMIEN, je trouve que les syllabes s’articulent bien, que c’est un prénom
agréable.
Mais quand j’y réfléchis, je me rends compte qu’en fait ça ne veut rien dire.
Cela vient de Damia, déesse grecque de la fertilité… Ouais bon, c’est sûr que ça fait pas très
mec.
Des fois, je demande à ma mère pourquoi elle a choisi ce prénom, « Ben, tu sais, ça vient d’un
acteur des Feux de l’Amour que j’aime beaucoup »… Ouais, bon…
Je préfère cependant la version de mon père « En fait quand t’es né, y’a le film La malédiction
de
Damien qui est sorti… ». Ah, je souris, enfin quelque chose de cool.
Finalement ce film je ne l’ai jamais vu donc je ne sais pas trop quoi en penser en réalité.
Mes amis m’appellent souvent Dam-Dam, dam, damienou, damienounet ou dagui (abréviation de
mon prénom et de mon nom). Dagui…, j’ai trouvé que ça faisait artiste alors j’ai commencé à
dessiner. Bon, ok, je n’étais pas très fort… C’est à ce moment-là que les Macintosh ont fait
leur
apparition dans ma vie.
Je viens d’avoir dix-sept ans et viens de quitter mon patelin pourri (Uckange, petit village
de
Moselle). Je viens d’avoir mon Bac STI Arts Appliqués et je fonce droit vers la grande ville, la
très
grande ville…
Paris…
Nous sommes fin septembre et je viens de recevoir un coup de fil d’une école dans laquelle
je
figurais en liste d’attente. Nous sommes samedi, je dois être là-bas pour lundi…
Je débarque, je jubile. Je n’ai pas d’appartement, je jubile.
Je ne connais que ma marraine qui habite pas trop loin de l’école en plus…
DRRRRIINNGG !!… Ça ne répond pas… Merde…
Non, en fait, je m’étais trompé de porte…
Je découvre ma classe, une petite bande de parisiens dandy qui se connaissent déjà depuis
la
seconde. « Tu viens d’une ferme ? » me demande l’un. Pauvre connard.
Je déteste ma classe, mais j’y apprends les bases même de ce qui va devenir mon quotidien…
Adobe Créatif Suite… Photoshop, Illustrator, InDesign, bref tous les trucs pour faire des
trucs.
Comme tout le monde, au début, je détoure ma tête pour la mettre sur des joueurs de foot ou
autre
connerie dans le genre. J’aime bien mettre des effets partout, écrire en corps 16, faire pleins
de
césures, de crevés, bref, je suis jeune, beau et insouciant.
Mes années parisiennes, je m’en sers pour me forger un caractère, pour créer une sorte d’égo
qui
soit capable de tenir tête à toutes ces merdes de dandy parisiens. Il apparaît et prend de plus
en
plus de place dans mon existence. Grâce à lui, je vais avoir la réputation de grande gueule.
Cette
même grande gueule qui me fera entrer en équivalence à l’école des Beaux-Arts de Nancy.
— Pourquoi vous voulez rentrer dans cette école ?
— Ben, je ne sais pas trop…
Tout est dans la tchatche.
Je me rappelle de ma terminale et des gens qui entraient en première année à l’Ensa. Je
n’arrêtais
pas de leur dire « Mais les Beaux-Arts, c’est de la merde !! ». En ce matin d’octobre 05, j’ai la
queue
entre les jambes. Pourvu que je ne croise personne que je connaisse.
« Hey, Damien, ça fait longtemps… » Fais chier.
Ma deuxième année s’annonce comme la pire année de toute ma vie, je n’arrive pas à me faire
d’amis, les cours m’ennuient et même le café est dégueulasse. « De toute façon, t’es un
dandy
parisien », me dit Elsa Daynac. C’est la seule que j’apprécie durant cette deuxième année car
elle
écrit et bien en plus, ce qui est rare dans cette école. Car oui, j’ai oublié de vous dire, un de
mes
rêves est d’être éditeur, de publier mes livres, mes dessins et de découvrir les nouvelles
perles
de la littérature française. À paris, j’ai eu le temps de découvrir Dylan, Kerouac et Ginsberg,
je
m’imagine tracer la route avec eux.
C’est décidé, je serais un beatnik.
Plus tard, je découvre Breton et le mouvement surréaliste.
C’est décidé, je serais un beatnik surréaliste. Plus tard, je découvre Rimbaud et… Vous
avez
compris.
L’exposition « Sons et Lumières » à Beaubourg déclenche en moi ma quête artistique, celui de
la
représentation visuelle du son.
Mon idole, Kandinsky. Mon école, le Bauhaus.
Cette quête, je la poursuis encore, j’essaie de dégager un vocabulaire, une grammaire, des signes
qui traduiraient chacun un son précis. Schématiser un son n’est pas chose aisée, c’est le
travail d’une vie, je ne désespère pas, j’aime les challenges.
Je ne vous en dévoile pas plus. Volontairement, j’ai parlé de mon parcours et de ma personne. Je
vous ferai la surprise de mon travail en venant vous voir d’ici peu. Comme ça, vous saurez que
vous aurez affaire à un dandy parisien. Là, je vous laisse, j’ai Pierre Schaeffer et son guide
des objets sonores qui m’attend sur ma table de chevet.
Damien Guion, année 4, option communication.